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Les Indigènes Mayas Pris Entre L’alena Et Le Maïs    Publié le lundi 16 janvier 2006  
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Les Indigènes Mayas Pris Entre L’alena Et Le Maïs
:


| Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine |
de Raúl Lugo, prêtre du Yucatán
Les indigènes mayas pris entre l’ALENA et le maïs

Raúl Lugo est prêtre catholique dans la péninsule du Yucatán, au Mexique. Le contraste entre les magnifiques hôtels de Cancún, les constructions impressionnantes des mayas à Chichen Itzá ou à Tulum [ruines mayas] et la pauvreté des communautés paysannes de leurs descendants l’a motivé à chercher un chemin pastoral en dehors des lieux de cultes. Sur son parcours, il a découvert de nouvelles initiatives de production en même temps que la construction d’un espoir : la défense de l’identité maya face aux progrès de la culture occidentale et les conséquences de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) [1].

par Nicolas Minetti
16 janvier 2006

Quelles sont les conditions de vie des indigènes et des paysans du Yucatán ?

Il faudrait scinder la question en deux parties. La première est la réalité propre des peuples indigènes, qui n’est pas la même pour toutes les ethnies. Le Mexique est un des pays latino-américains qui présente le plus grand nombre d’ethnies : plus de cinquante. La région où je me trouve est habitée par une seule ethnie : celle connue sous le nom de « maya péninsulaire ». Ici, il y a des problèmes qui sont les mêmes que pour les autres indigènes du pays, par exemple : la non-reconnaissance par les lois locales de l’existence même de l’ethnie, en dépit du fait que 60 % de la population parle maya et que l’espagnol n’est que leur seconde langue. En dépit de cela, il n’existe aucune sécurité juridique ni pour leurs coutumes, ni pour leur système d’administration de la justice, ni pour leur langue. C’est un grand combat pour ces peuples indiens actuellement que celui d’obtenir des droits spécifiques.

La seconde partie de la question est la réalité que ces indigènes partagent avec d’autres yucatecos [habitants du Yucatan] non indigènes mais qui vivent à la campagne. Là, le problème est essentiellement lié à la culture du maïs. Notre région est une région de terres très peu fertiles. On ne peut semer du maïs que sur une moitié du territoire. L’autre moitié a longtemps été utilisée presque exclusivement pour la culture d’une agave appelée henequén (une sorte de cactus, ressemblant à la yucca verte, d’autres variétés d’agave sont utilisées pour fabriquer la tequila). Avec le henequén (aussi connu sous le nom de fibre ou fil de sisal) on fabriquait les cordages des bateaux mais, depuis l’apparition du plastique, la culture s’est déplacée au niveau international, l’entreprise, qui était étatique, a fait faillite et les paysans sont restés sans ressource.

En revanche, la région où l’on cultive le maïs depuis longtemps s’en est bien sortie économiquement mais n’arrive cependant plus à couvrir les besoins de la population. Avec la signature du traité de libre-échange avec les Etats-Unis et la Canada (ALENA), le gouvernement mexicain a abandonné la politique de subsides et de divers avantages qu’il octroyait aux paysans comme par exemple des prix garantis pour le maïs.

La culture du maïs est-elle la seule affectée par le traité de libre-échange ?

Dans notre cas, c’est le seul produit dont on peut dire qu’il est absolument fondamental dans l’alimentation paysanne. Jusqu’à il y a un certain temps, on couvrait quasiment les besoins alimentaires, au moins dans la région. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y en a plus dans le pays. Dans d’autres régions du pays, le traité de libre-échange a affecté d’autres cultures, en particulier le haricot et le blé, que l’on cultive dans d’autres régions et qui sont aujourd’hui en déficit.

Et ces aliments, d’où viennent-ils à présent ?

Ils sont importés des Etats-Unis. Une partie du blé vient aussi du Canada parce que le traité a été signé entre ces trois pays. Le Mexique autorise l’entrée de céréales sans taxes douanières tout en cessant de soutenir les paysans alors que, dans ces pays et particulièrement aux Etats-Unis, ils continuent leur politique de subsides.

Quand l’ALENA a été signé, il était prévu que la pleine libéralisation des produits agricoles et de l’élevage aurait lieu en 2015. Le Mexique a accéléré ce processus à tel point que, dès 2002, nous n’avions pratiquement plus de protection pour aucune de nos céréales. Autrement dit, nous sommes devenus les plus orthodoxes du Traité de libre-échange.

Et donc, en 2002, lors de la crise de la production des produits agricoles, les mouvements sociaux paysans ont fait pression pour que, au moment de la révision du traité commercial en 2004, on retire le chapitre sur l’agriculture et l’élevage, qu’on le renégocie et qu’on prenne en compte les asymétries qui existaient déjà au début mais qui se sont accentuées avec la politique de subsides des Etats-Unis. Le moment de cette renégociation est passé et le Mexique n’a pas levé le petit doigt pour aboutir à un quelconque changement.

Comment cela affecte-t-il la diversité des variétés de maïs ? Y en a-t-il en danger d’extinction ?

Oui. Nous avons organisé dans la région, un évènement annuel que nous appelons « La fête du maïs criollo ». En tant que région productrice, nous sommes assez peu importants parce que presque toute notre production est destinée à la consommation interne alors que dans des états voisins, comme par exemple celui de Oaxaca, en plus d’être le berceau de différentes variétés, ils ont une production assez importante qui leur permet d’exporter vers d’autres régions du pays. Ce sont ces régions qui ont été le plus touchées par l’introduction du maïs transgénique qui a contaminé une grande partie des semailles de Oaxaca qui, étant la région d’origine du maïs, doit faire face au risque de voir disparaître ses variétés.

Nous, nous travaillons dans des coins reculés de la région maya où ils se sont attachés à conserver la pureté de plusieurs variétés de maïs. Mais, sur ce même territoire maya, certaines personnes ne connaissent pas la variété de maïs cultivée à l’autre bout de l’état. Donc, la fête du maïs a aidé à ce que les communautés puissent y apporter leurs semences et puissent les échanger. Il y a plusieurs types d’échanges : il y a l’échange semence contre semence, il y a celui permettant de compléter la production quand, dans une certaine région, il y a eu des pertes, et il y en a un autre permettant d’éviter la contamination, c’est-à-dire un échange au cours duquel il faut qu’il y ait une certaine garantie de la part du village qui propose son maïs que celui-ci n’a pas été contaminé par aucun autre type de semence.

Il est arrivé que des indigènes s’étonnent du nombre de variétés existantes. Il y a même une université spécialisée dans les thèmes agricoles qui a affirmé que du fait que la région maya du Yucatan soit peu importante en matière de commerce et de distribution de céréales , elle était extrêmement intéressante pour ses différentes variétés de maïs.

En quoi consiste ton travail avec les communautés mayas ?

Nous avons fondé, il y a dix ans, une école d’agriculture biologique. Nous étions un groupe de prêtres qui travaillions dans des communautés rurales et nous nous sommes rendu compte du fait que ces communautés « expulsaient » des gens, favorisant l’exode vers Cancún et d’autres sites touristiques proches ou directement vers les Etats-Unis. C’est pour cela que nous avons décidé de mettre en place un projet, pas seulement d’études, d’investigation ou religieux mais aussi un projet productif.

Nous avons rencontré un groupe de paysans dans le sud de l’état qui avait développé un travail très intéressant pendant quatre ans qui s’appelait « Des arbres pour le peuple ». Ils ont étudié les possibilités de revenir aux techniques agricoles des anciens mayas, intégrant de manière intéressante des éléments d’une agriculture durable et respectueuse de l’environnement. Ils n’avaient plus de financement. Ils avaient fait un travail de pratique collective mais ils étaient plus ou moins isolés. Nous leur avons demandé de réunir une équipe et nous, de notre côté, nous nous sommes engagés à trouver des financements des paroisses, pour que pour qu’ils aillent voir nos groupes de paysans. Nous sommes ensuite passés à une étape de formation un peu plus formelle que du simple conseil en matière agricole et nous avons fondé l’école d’agriculture écologique « Rocío del Cielo » [Rosée du ciel].

Le programme de l’école s’étend sur une année complète, couvrant ainsi toutes les étapes productives. Les paysans et les paysannes résident dans une sorte d’internat du mardi au vendredi, qui dispose d’installations et de champs. En association avec les universités du Yucatán et de Chapingo, nous avons créé un programme agricole (semences, milpa -plantation de maïs -, légumes, arbres de coupe), d’élevage (porcs, vaches, poissons, abeilles, volaille, etc.) et social (organisation sociale paysanne pour pouvoir faire face aux problèmes : depuis la commercialisation jusqu’à la sauvegarde des traditions indigènes, de la médecine traditionnelle, de la spiritualité de la terre, etc.).

Ils forment des coopératives ou ce sont des agriculteurs « individuels » ?

Après sept ans, alors que sept groupes de plus ou moins 25 paysans chacun ont déjà été formés, certains d’entre eux continuent à travailler sur leurs parcelles individuelles mais d’autres ont voulu dépasser le stade de l’agriculture de subsistance et pouvoir commercialiser leurs excédents. Pour ce faire ils ont monté un projet de « Fermes écologiques intégrales ».

L’idée, c’est qu’un groupe de familles, avec au moins un ancien élève à sa tête, mette en place le projet qui consiste à transformer la ferme écologique intégrale en un centre de formation technique et de production dans lequel les personnes formées dans notre école partagent leurs connaissances avec d’autres paysans pour que toutes les techniques utilisées soient respectueuses de l’environnement et pour que tous les produits soient biologiques.

Comment assurent-ils la distribution de ces produits ?

L’expérience a débuté il y a trois ans. Après la première année de production, nous avons lancé un programme appelé « Panier de légumes biologiques ». Nous avons trouvé en ville un certain nombre de familles qui étaient prêtes à s’associer au projet sur le modèle du commerce équitable. Concrètement, cela veut dire que les personnes vont payer plus cher que dans un supermarché mais pour des légumes de bien meilleure qualité. Ils s’engagent en outre à payer à l’avance et à assumer les risques du travail avec le producteur. En contrepartie, les producteurs s’engagent à leur fournir un panier de légumes biologiques d’au moins 7 kilos par semaine et à assurer la relation directe avec le consommateur de telle manière que, deux fois par an, celui-ci puisse visiter la ferme pour connaître l’endroit. Il peut aussi y emmener ses enfants puisqu’il y a un programme de formation écologique qui leur est destiné. De cette façon, la famille de consommateurs qui participe au projet reste liée concrètement à une ferme, reçoit ses produits chaque semaine et établit un autre type de relation avec les producteurs.

Cela est-il viable du point de vue économique pour les personnes impliquées ?

Oui, car on suppose que la famille, pour ce qui est des légumes, prend (sur sa production) ce dont elle a besoin pour vivre, et que ces paniers sont composés des excédents. Ce ne sont pas des fermes très grandes : chacune d’entre elles produit cinq paniers par semaine, pas plus. Les producteurs doivent garantir 35 kilos de légumes pour leurs cinq familles clientes. Ils récoltent le lundi après-midi et le mardi matin, ils apportent leurs produits à un endroit de la ville de Mérida où les gens se rendent pour laisser un panier vide et en prendre un plein. Et cela toutes les semaines. Les acheteurs paient trois mois à l’avance, ce qui garantit le revenu des paysans en cas de problème, par exemple pendant la saison des cyclones, quand la récolte est impossible.

Partager le risque...

Partager le risque en matière de production est un des axes de l’initiative afin d’arriver à établir une nouvelle relation entre les producteurs et les consommateurs.

Combien y a-t-il de fermes de ce genre qui fonctionnent ?

Il y en a cinq qui existent depuis deux ans et, en décembre passé, nous en avons inauguré dix autres mais qui sont autour des cinq premières ce qui fait que celles-ci restent des centres de formation. Les fermes peuvent regrouper trois familles où travaillent des hommes et des femmes.

En plus des légumes biologiques, que produisent-elles d’autre ?

L’année passée, nous avons organisé un marché de la dinde biologique. Comme tout le monde mange de la dinde, nous avons annoncé que nous allions vendre des dindes qui n’avaient jamais mangé d’aliments traités chimiquement et qui donc ont besoin d’un an ou un an et demi pour arriver à 7 ou 8 kilos.

Dans le cas contraire, cela prend combien de temps ?

On peut y arriver en trois mois. Mais bien entendu ces dindes, outre le fait qu’on nous les vend surgelées, n’ont aucun goût alors que celles que nous produisons sont connues sous le nom de « dinde élevée dans la cour » parce que c’est là qu’on leur donne des graines, des herbes ou les restes des repas. Elles ne reçoivent donc aucun aliment artificiel pour leur croissance. Nous en profitons et nous les vendons presque au double du prix mais les gens les recherchent. Les gens les attendent même parce qu’ils apprennent à connaître le projet des fermes et cherchent des moyens de le soutenir. Ils emportent en plus une dinde qui a beaucoup plus de saveur que d’autres.

En outre, nous voudrions faire un marché du miel écologique au printemps. Nous avons des abeilles natives, adaptées à la région et qui n’ont pas de dard. Elles produisent un miel assez concentré qui a de nombreuses vertus médicinales.

Comment le peuple maya de la péninsule [du Yucatan] a-t-il fait face au traité de libre-échange ? Comment fait-il face à cette nouvelle réalité qui lui enlève ses moyens de subsistance ancestraux ? L’expérience des zapatistes du Chiapas a-t-elle fait des émules ?

Dans le cas des mayas de la péninsule, il y a un problème. Leur processus d’auto-identification en tant qu’indigènes n’a pas été aussi rapide que dans le cas des zapatistes.

Ils ne sont pas indigènes ?

Ce sont des indigènes, ils ont leur propre langue, leurs traditions mais la majorité d’entre eux n’enseignent déjà plus leur langue à leurs enfants par exemple. Le soulèvement zapatiste est venu réellement bousculer un peu la question de l’identité parce que, il y a encore vingt ans de cela, pour un indigène, l’idéal était que son fils fasse des études et quitte son environnement, cesse de parler maya, se métisse. Il n’existait pas d’auto-valorisation en conséquence de siècles de mépris et d’humiliations. Mais à partir de l’expérience zapatiste les choses ont changé de manière notable, puisque maintenant il y a par exemple des cercles de discussion sur leur propre identité. Nous avons participé à quelques ateliers avec eux, des ateliers dont la prétention à terme est de permettre aux gens d’avoir des arguments pour leur propre identification et cela a provoqué, libéré une discussion sur un sujet qui n’était jamais abordé auparavant.

Dans ce sens, certaines choses ont fait du chemin. Par exemple, les zapatistes ont proposé des modifications de la Constitution après être arrivé à un accord avec le gouvernement fédéral. Celui-ci a trahi les accords, il a fait une réforme différente [2] et c’est alors que les zapatistes ont entamé leur projet d’autonomie [3]. Les mayas du Yucatan, par exemple, sont à présent face à une situation intéressante parce que le parlement local veut légiférer pour la première fois sur des questions ayant trait aux droits des indigènes. La première chose qui devrait être reconnue dans la Constitution est qu’il y a des mayas, parce qu’ils n’existent pas légalement parlant. Ils veulent faire une loi particulière mais les mayas ont déjà dit : « Nous, nous ne voulons pas d’une loi faite par vous ». Et « nous ne voulons d’aucune loi tant qu’ils ne répareront pas le mal qu’ils ont fait avec les zapatistes avec la réforme fédérale ». Je note donc, avec ce type de positions, que le phénomène zapatiste a un écho assez important, y compris au sein des mayas du Yucatán. Tout cela en lien avec les droits des peuples indiens.

Maintenant, les autres conséquences de la globalisation économique ont été dévastatrices. Notre projet, même s’il paraît très joli, ne touche qu’une petite partie de la population et le processus d’émigration ne s’est pas arrêté, loin de là.

Notes:

[1] [NDLR] L’Accord de libre-échange nord-américain, signé en 1993 par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, est entré en vigueur le premier janvier 1994. TLCAN, en espagnol ; NAFTA en anglais.
Consultez le dossier « ALENA » sur RISAL.

[2] [NDLR] Loi sur les droits et la culture indigène approuvée par le Congrès mexicain en avril 2001, rejetée par les zapatistes et les principales organisations indigènes.

[3] [NDLR] Consultez le dossier « L’autonomie zapatiste » sur RISAL.


Les indigènes mayas pris entre l’ALENA et le maïs
En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous:

Source : Foro Ciudadano (), 14 septembre 2005.

Traduction : Anne Vereecken, pour RISAL ( indigènes mayas pris entre l’ALENA et le maïs version espagnol
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Entrevista a Raúl Lugo, sacerdote de Yucatán

Los mayas entre el Nafta y el maíz

Por Nicolás Minetti



Raúl Lugo es sacerdote católico en la península de Yucatán, México. Los contrastes entre los magníficos hoteles de Cancún, las impresionantes construcciones de los mayas en Chichen Itzá o Tulum y la pobreza de las comunidades campesinas de sus descendientes lo motivó a buscar un camino pastoral fuera de los templos. En esa ruta descubrió nuevas iniciativas productivas junto a la construcción de esperanza, la defensa de la identidad maya frente al avance de la cultura occidental y las consecuencias del Tratado de Libre Comercio de América del Norte (TLCAN), más conocido como NAFTA, por su sigla en inglés.

¿Cuáles son las condiciones de los pueblos indígenas y de los campesinos de Yucatán?

Habría que dividir el asunto en dos partes. Una es la realidad propia de los pueblos indígenas, que no es similar en todas las etnias. México es uno de los países latinoamericanos con mayor número de etnias, tiene más de cincuenta. La región en la que estoy está ocupada por una sola etnia: la conocida como “maya peninsular”. Ahí ha habido algunos problemas en los que coinciden con el resto de los indígenas del país, por ejemplo no hay reconocimiento en las leyes locales de la existencia misma de la etnia, a pesar de que el 60 por ciento de la población es maya parlante y sólo tiene el castellano como segunda lengua. A pesar de eso no hay ninguna seguridad jurídica ni para sus costumbres ni para su sistema de justicia ni para su lengua. Hay toda una batalla para que logren derechos específicamente de los pueblos indios.

Otra cosa es la realidad que estos indígenas comparten con otros yucatecos no indígenas que viven en el campo, y ahí el problema se basa fundamentalmente en el cultivo del maíz. Nuestra región es una región de tierras muy poco fértiles, en la mitad del territorio puede sembrarse maíz. La otra mitad durante mucho tiempo se dedicó al cultivo de un agave que se llama henequén (una especie de cactus, de aspecto parecido a una yuca verde; otras variedades de agave se utilizan para hacer el tequila), con el cual se hacían después las sogas de los barcos (también conocida como fibra o hilo de sisal), pero que internacionalmente fue desplazado cuando apareció el plástico, y la empresa -que era estatal- se vino abajo y los campesinos quedaron desprotegidos.

En cambio, la zona del maíz durante mucho tiempo fue la que salió adelante económicamente, pero ya no alcanza siquiera a cubrir las necesidades de la población. Particularmente por la firma del Tratado de Libre Comercio con Estados Unidos y Canadá, el gobierno mexicano ha dejado la política de los subsidios y diversas ventajas que otorgaba a los campesinos, con precios de garantía al cultivo del maíz, por ejemplo.

¿Sólo el maíz se vio afectado por el Tratado de Libre Comercio?

En nuestro caso es el único producto que se puede decir que es absolutamente básico para la alimentación campesina, y hasta hace algún tiempo, al menos en la zona, había casi un nivel de cobertura de las necesidades alimentarias. Ahora ya no lo hay. Pero no lo hay porque el país mismo no lo tiene. En otras partes del país el Tratado de Libre Comercio ha afectado también a otros cultivos, particularmente el frijol, el trigo, que se cultivan en algunas otras regiones y donde hay ahora un déficit.

Y esos alimentos, ¿de dónde vienen ahora?

Se importan de Estados Unidos y parte del trigo también viene de Canadá, porque el tratado es entre estos tres países. México permite la entrada de granos sin problemas fiscales, y en cambio dejó de apoyar al campo mientras estos países, particularmente Estados Unidos, continúan con su política de subsidios.

Cuando se firmó el NAFTA, estaba programado que hacia el 2015 debería darse la plena liberalización de los productos agropecuarios. México aceleró ese proceso, de tal manera que nosotros llegamos al 2002 prácticamente sin ninguna protección en ninguno de nuestros granos. O sea nos volvimos, digamos así, los más ortodoxos en el TLC.

Entonces en 2002, cuando la crisis en la producción de productos agrícolas, los movimientos sociales campesinos presionaron para que, en el momento que tenía que darse una revisión del tratado comercial en el 2004, se retirara el capítulo agropecuario para renegociarlo y que se consideraran las asimetrías, que ya existían al principio pero que se habían acentuado con la política de subsidios de Estados Unidos. Pasó el tiempo de la revisión y México no movió un dedo por ningún cambio.

¿Cómo afecta al tema de la diversidad de las variedades de maíz? ¿Hay alguna en peligro de extinguirse?

Sí, nosotros hemos organizado en la región un evento anual al que le llamamos “Feria del Maíz Criollo”. Como región productora somos bastante poco importantes, porque casi todo se usa para consumo interno, mientras que en estados vecinos, como por ejemplo Oaxaca, además de ser cuna de varias especies, tiene una producción bastante grande que mueve hacia otras partes del país. Ésas son las zonas que han resultado más afectadas por la introducción del maíz transgénico, que ha contaminado una parte de la siembra de Oaxaca, que al ser una región de origen del maíz puede hacerlas desaparecer.

Nosotros trabajamos en algunos lugares bastante apartados de la región maya donde han conservado mucho la pureza en diferentes clases de maíz. Pero en el mismo territorio maya alguna gente no conoce el tipo de maíz que cultivan en el otro lado del estado. Entonces, la feria del maíz ha ayudado para que las comunidades puedan llevar sus semillas y puedan intercambiarlas. Tenemos varios tipos de intercambios: uno es intercambio semilla por semilla, otro es para completar la producción cuando en algún lugar hubo alguna pérdida, y otro es para evitar la contaminación. Que haya cierta garantía del poblado que comparte su maíz de que no ha sido contaminado por ningún otro tipo de siembra.

En algunas ocasiones, han venido indígenas a la feria que se han asombrado de las variedades que hay. Incluso hay una universidad especializada en asuntos agropecuarios que dijo que siendo la región maya yucateca tan poco importante en cuestión de comercio y distribución de granos, conservaba gran relevancia por las variedades de maíz que tiene.

¿Cuál es tu trabajo con las comunidades mayas?

Nosotros fundamos hace diez años una escuela de agricultura ecológica. Éramos un grupo de sacerdotes que trabajábamos en comunidades rurales y nos dimos cuenta de que esas comunidades expulsaban gente, aumentando la migración hacia Cancún y a otros centros turísticos cercanos o directamente a Estados Unidos. Por esa razón decidimos comenzar algún proyecto, ya no sólo de estudio, de investigación o pastoral, sino también productivo.

Encontramos un grupo campesino en el sur del estado que había desarrollado un trabajo muy interesante durante cuatro años que se llamaba “Árboles para el Pueblo”. Ellos estuvieron investigando cómo retornar a las técnicas de cultivo de los mayas antiguos, y habían hecho una mezcla muy buena de una agricultura sustentable y respetuosa del medio ambiente. Su financiamiento se había terminado. Ellos habían hecho el trabajo de una práctica común pero quedaron más o menos aislados. Nosotros les pedimos que hicieran un equipo y nos comprometimos a encontrar cierto financiamiento por parte de las parroquias, para que visitaran nuestros grupos de campesinos. Luego pasamos a una etapa con una educación un tanto más formal que una simple asesoría campesina y entonces fundamos la escuela de agricultura ecológica “Rocío del Cielo”.

La escuela tiene un sistema que abarca todo un año completo para que cubran todas las etapas productivas, donde campesinos y campesinas residen de martes a viernes en una especie de internado con instalaciones y campo de cultivo. Asociados a las universidades de Yucatán y Chapingo, hicimos un programa que cubre un área agrícola (siembra, milpa -plantación de maíz-, hortalizas, árboles maderables), una pecuaria (cerdos, vacas, peces, abejas, aves, etc.) y un área social (organización campesina para enfrentar los problemas que van desde la comercialización al rescate de tradiciones indígenas, medicina tradicional, espiritualidad de la tierra, etc.).

¿Forman cooperativas o son agricultores individuales?

Después de siete años en los que habían salido ya siete grupos de egresados de más o menos veinticinco campesinos cada uno, algunos de ellos siguieron trabajando en sus terrenos individuales, pero otros tuvieron la inquietud de que no fuera solamente agricultura de subsistencia sino que pudieran comercializarse excedentes, por lo que inventaron un proyecto de “Granjas Ecológicas Integrales”.

La idea consiste en que un grupo de familias, con cuando menos un ex alumno a la cabeza, lleva adelante el proyecto y se trata de convertir la granja ecológica integral al mismo tiempo en un centro de capacitación y de producción, en la que los egresados comparten el conocimiento que tuvieron en la escuela con otros campesinos, para que todas las técnicas utilizadas sean respetuosas del medio ambiente y para que todos los productos que se cultiven sean netamente orgánicos.

¿Cómo distribuyen esos productos?

La experiencia comenzó hace tres años. Después del primer año que tuvieron producción lanzamos un primer programa al que llamamos “Canastas de hortalizas orgánicas”. Conseguimos un número de familias en la ciudad que estaban dispuestas a asociarse al proyecto en la modalidad de comercio justo. Esto quiere decir en concreto que las personas van a pagar un precio más elevado que el que conseguirían en el supermercado pero son hortalizas mucho mejores. Además se comprometen a pagar por adelantado y a asumir los riesgos del trabajo junto al productor. En contraparte los productores se comprometen a dar una canasta de hortalizas orgánicas de cuando menos siete kilos a la semana y a entablar relación directa con el consumidor, de manera que en dos ocasiones al año el consumidor visita la granja para conocer el lugar, lleva sus hijos -hay un programa de formación ecológica para niños-, entonces la familia consumidora que entra al proyecto queda ligada con una granja en concreto, va recibiendo su producto cada semana y con los productores establece otro tipo de lazos.

¿Eso permite la sustentabilidad económica de las personas involucradas?

Sí, porque lo que se supone es que la familia saca en cuestión de hortalizas lo que necesita para vivir, y esas canastas las sacan del excedente. No son granjas muy grandes, de manera que cada granja obtiene cinco canastas por semana nada más. Tiene que garantizar treinta y cinco kilos de hortalizas para sus cinco familias clientes. Ellos cosechan el lunes por la tarde y el martes por la mañana lo trasladan a la ciudad de Mérida, donde la gente va a un lugar donde se concentra y deja una canasta vacía y se lleva una canasta nueva, y así cada semana. Los compradores abonan tres meses por anticipado, lo que garantiza el ingreso a los campesinos más allá de algún problema, por ejemplo en la época de ciclones cuando la cosecha no puede salir.

Compartir el riesgo...

Compartir el riesgo de la producción es uno de los ejes de la propuesta, logrando un nuevo relacionamiento entre productores y consumidores.

¿Cuántas granjas de este tipo tienen en funcionamiento?

Las que tienen dos años de funcionamiento son cinco y han surgido ahora, en diciembre se inauguraron otras diez más pero todas ellas en torno a estas cinco, de manera que se conservan como centros de capacitación. Las granjas llegan a tener tres familias, donde trabajan hombres y mujeres.

Además de hortalizas orgánicas, ¿qué otras cosas producen?

El año pasado hicimos la feria del pavo ecológico. Como toda la gente come pavo, avisamos que íbamos a vender pavos que no han comido nunca alimentos tratados con químicos y entonces necesitan año o año y medio para llegar a siete u ocho kilos.

En caso contrario, ¿cuánto tarda el engorde del pavo?

Se puede lograr hasta en tres meses. Pero claro, esos pavos, además de que te los venden congelados, no saben a nada, mientras que estos pavos es lo que la gente conoce como “pavos crecidos en el patio” porque ahí les dan grano, maíz, hierbas o lo que queda de la comida, entonces son pavos que no tienen ningún ingrediente artificial para su crecimiento. Entonces aprovechamos y los vendemos casi al doble, pero la gente busca esos pavos. La gente los espera porque al mismo tiempo van conociendo el proyecto de las granjas y buscan maneras de apoyarlas. Se llevan un pavo que tiene mucho más sabor que otros.

Además, pretendemos para el tiempo de floración hacer la feria de la miel ecológica. Nosotros tenemos abejas nativas, son abejas adaptadas a la región que no tienen aguijón, y que producen una miel bastante concentrada con muchas propiedades medicinales.

El pueblo maya peninsular, ¿cómo ha enfrentado este Tratado de Libre Comercio? ¿Cómo enfrentó esta nueva realidad que le saca sus medios de subsistencia ancestrales? ¿Ha emulado la experiencia de los zapatistas en Chiapas?

En el caso de los mayas peninsulares hay cierto problema. Su proceso de autoidentificación como indígenas no ha sido tan acelerado como el de los zapatistas.

¿No son indígenas?

Son indígenas, tienen su propia lengua, sus propias formas, pero la mayor parte de ellos no enseñan ya la lengua a sus hijos, por ejemplo. La sublevación zapatista ha venido realmente a remover un poco el asunto de la identificación, porque normalmente hasta hace unos veinte años el ideal de un indígena era que su hijo estudiara y saliera de ese ambiente, dejara de hablar maya, se hiciera mestizo. No había autovaloración, producto de cientos de años de desprecio y humillaciones. Pero a partir de la situación zapatista las cosas han cambiado de manera notable porque ahora, por ejemplo, hay círculos de discusión acerca de la propia identidad. Nosotros hemos participado en algunos talleres junto con ellos y que simplemente tienen la pretensión de que al final la gente pueda tener argumentos propios para su propia identificación, y esto ha soltado, ha destrabado, una discusión sobre un asunto del que normalmente no se hablaba.

En ese sentido alguna cosa se ha encaminado. Por ejemplo, los zapatistas estuvieron proponiendo modificaciones a la Constitución luego de un acuerdo al que llegaron con el gobierno federal. El gobierno federal traicionó los acuerdos, aseguró una reforma distinta y los zapatistas entonces comenzaron su proyecto de autonomía por su cuenta. Los mayas de Yucatán, por ejemplo, enfrentan ahora un asunto interesante porque la cámara local quiere legislar por primera vez sobre cuestiones de derecho del pueblo indígena. Lo primero que la Constitución tendría que hacer es decir que hay mayas, porque no existen legalmente hablando. Quieren hacerles una ley particular, pero los mayas ya dijeron “nosotros no queremos una ley que ustedes hagan” y “no queremos ninguna ley hasta que no reformen lo mal que hicieron con los zapatistas en la reforma federal”. Entonces yo noto, por ese tipo de posiciones, que ya hay un eco bastante grande del fenómeno zapatista también dentro de los mayas de Yucatán. Eso en relación con los derechos de los pueblos indios.

Ahora, las otras consecuencias de la globalización económica han sido devastadoras. Nuestro proyecto, por mucho que se oiga muy bonito en el discurso, no alcanza más que a una parte bastante pequeña de la población, y en cambio el proceso de emigración no se ha frenado en absoluto.


N. Minetti es analista de información de CLAES - D3E. Publicado el 14 de setiembre de 2005. Se permite la reproducción siempre que se mencione la fuente.

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Les indigènes mayas pris entre l’ALENA et le maïs

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Toutes les annonces sont visibles par tout internaute sans limite de durée dans le temps et référencées par les moteurs de recherche en quelques minutes

(*) Service Audiotel 0892 233 167 (0.34E/Mn) ou 0899xxxxxx (1.34E+0.34E/Mn) de mise en relation fourni par Afrolatino.net, Attention numéro valable 5 minutes seulement après affichage.

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